AED Canada

 

Conférence de presse de Québec – Famine – 7 juin 2017

08.06.2017 in #J'AI FAIM, AED Canada, AFRIQUE, Aide à l'Église en détresse., Famine, Marie-Claude Lalonde, Mario Bard, Soudan du Sud, Voyagez avec AED

Conférence de presse de Québec – Famine – 7 juin 2017

 

Tous contre la famine – #PriezDonnezParlezen

 

Directrice du bureau d’Aide à l’Église en Détresse au Canada, Marie-Claude Lalonde a participé au lancement de la campagne Priez-Donnez-Parlezen, lancée par la Conférence des évêques catholiques du Canada. « Pour déclarer l’état de famine (ONU), il faut que des personnes aient déjà commencé à mourir », a-t-elle souligné. Voici ce qu’elle y déclaré. 

« Aide à l’Église en Détresse est fière de participer à cet effort collectif et interreligieux qui fait suite à l’appel à la solidarité avec le Nigeria, le Soudan du Sud, la Somalie et le Yémen où sévit la famine.  Nous le ferons de la manière que nous connaissons le mieux, i.e. Aider sur le terrain.  Bien que notre organisme en soit un de charité pastorale, nous ne laissons jamais tomber nos partenaires de projets lorsque survient un coup dur.  Cette fois ne sera pas différente.

Nous travaillons principalement au Soudan du Sud et au Nigeria, pays dans lesquels nous avons des projets depuis de très nombreuses années. Bien entendu, notre aide caritative ne réglera pas les problèmes de fond, mais par nos actions nous soulagerons, autant que faire se peut, nos frères et sœurs qui souffrent de cette horrible famine.

Marie-Claude Lalonde, directrice nationale d’Aide à l’Église en Détresse. (Photo:  Webtélé ECDQ.tv)

Pour déclarer l’état de famine (ONU), il faut que des personnes aient déjà commencé à mourir.  C’est donc le cas au Soudan du Sud et la situation est plus que préoccupante au Nigéria, en Somalie et au Yémen.  Il est minuit moins une.

 

L’an dernier, Aide à l’Église en Détresse a fourni de l’aide alimentaire dans le diocèse de Malakal au Soudan du Sud.  La situation ne s’améliorant pas, nous avons déjà promis d’aider à nourrir 20 000 personnes, des déplacés, toujours dans la même région.  Nous avons besoin de 140 000$ et il ne s’agit là que d’aide à court terme.  Il faudra faire beaucoup plus.

 

Dans le nord-est du Nigéria, nous sommes malheureusement les témoins réguliers de conflits interconfessionnels et d’exaction de la part de Boko Haram.  C’est du moins ce qui se retrouve dans les médias, ce qui fait que nous avons pratiquement oublié qu’il ne s’agissait là de quelques problèmes et que la faim menace depuis un certain temps.  Au Nigéria, nous avons besoin de 150 000$ pour fournir de l’aide alimentaire et des semences pour reprendre l’agriculture.  Encore là nous savons que notre intervention devra s’étendre dans le temps.  Ces deux campagnes de financement ne s’arrêteront pas à la fin juin alors que se terminera le programme du gouvernement fédéral.  Nous continuerons tant qu’il y aura des besoins criants.

 

Dans tous les cas, nous apporterons un soutien pastoral aux personnes traversant cette épreuve ainsi qu’à l’Église qui est toujours active à soulager la misère ambiante et ce quelle que soit la religion de la personne qui se présente à elle.

Priez – Donnez – Parlez-en : un effort multiconfessionnelle pour contrer la faim dans quatre pays d’Afrique. (Photo: Crédit : Webtélé ECDQ.tv)

 

Priez Donnez Parlez-en, titre de l’appel interreligieux qui est rendu public aujourd’hui. À travers nos campagnes de collectes de fonds, nous inviterons bien entendu la population à être généreuse sur le plan financier, mais nous solliciterons aussi leur solidarité à travers la prière.  Donnant pour la famine, priant pour ceux qui souffrent et pour que la paix revienne.

 

Nous continuerons notre travail de sensibilisation auprès de nos donateurs actuels et potentiels et au public en général afin de répondre au volet Parlez-en.

 

Merci à toutes les communautés confessionnelles qui se joignent à ce grand mouvement.  C’est ensemble que nous pourrons alléger le fardeau des hommes, des femmes et des enfants qui ont, en ce moment même, le ventre creux.»

Pour donner à la campagne Priez-Donnez-Parlez-en
par le biais d’Aide à l’Église en Détresse, veuillez cliquer ici.
#jaifaim


 

 

 

 

 

Appel interreligieux des communautés confessionnelles du Canada

07.06.2017 in AED Canada, Famine, Nigéria, Soudan du Sud

Le 7 juin dernier, nos évêques catholiques et d’autres leaders religieux, ont demandé aux Canadiens de s’unir pour venir en aide aux gens qui souffrent de famine en ce moment même, au Soudan du Sud, au Nigeria, en Somalie et au Yémen.

Voici leur déclaration :

PRIEZ, DONNEZ, PARLEZ-EN

Appel interreligieux des communautés confessionnelles du Canada

Soudan du Sud – Somalie – Nigéria – Yémen

En tant que dirigeants religieux du Canada, nous demandons à nos communautés et à tous les Canadiens et Canadiennes de se mobiliser en réponse à l’une des plus grandes crises humanitaires du monde depuis la Deuxième Guerre mondiale : la triste réalité des nombreuses famines qui se produisent en même temps dans quatre pays distincts – le Soudan du Sud, la Somalie, le Nigéria et le Yémen – et qui menacent environ 20 millions de personnes. Des agences de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont déjà confirmé que le Soudan du Sud compte 100 000 personnes frappées par la famine, 1 million d’autres qui sont sur le point de l’être, et 5,5 millions qui sont en danger de famine d’ici juillet 2017[1]. La dernière déclaration de famine émise par les agences de l’ONU remonte à juillet 2011, alors qu’environ 260 000 personnes sont mortes en Somalie – la moitié ayant été des enfants de moins de 5 ans. Le monde ne doit pas laisser de telles horreurs se répéter.

Cette crise est attribuable surtout à des situations de guerre et de violence[1]. La guerre civile qui se prolonge au Soudan du Sud est largement considérée comme la principale cause de la famine à cet endroit. Le conseiller spécial des Nations Unies sur la prévention du génocide a publié un rapport troublant en novembre 2016, signalant que dans le Soudan du Sud, [traduction] « il y a un risque élevé d’une escalade de violence entre les groupes ethniques, avec la possibilité de génocide ». Les conflits, les hostilités et le manque de sécurité sont également les causes principales des graves insécurités alimentaires qui se produisent en Somalie, au Yémen et dans le nord du Nigéria.

Notre appel commun est un cri du cœur unifié, lancé d’une seule voix et avec un seul message. C’est un appel insistant pour la paix et du besoin de protéger les personnes vulnérables. La protection et la promotion de la dignité humaine sont des éléments fondamentaux dans toutes nos communautés confessionnelles. L’indifférence délibérée à l’égard des violations de la dignité humaine est toujours un mal, en tout temps et en tout lieu.

Nous lançons les appels suivants à nos fidèles et à tous les gens de bonne volonté :

  • Priez : Souvenez-vous des gens du Soudan du Sud, de la Somalie, du Nigéria et du Yémen pendant les moments de prière personnelle et communautaire. Priez pour la paix, les chefs de gouvernement et les travailleurs et travailleuses humanitaires de la région. Souvenez-vous particulièrement des 1,4 million d’enfants qui sont les personnes les plus vulnérables. Pour les croyants et croyantes, la prière est toujours opportune et efficace. Elle unit nos préoccupations et nos espérances communautaires et personnelles les plus profondes aux besoins et aux souffrances de nos frères et sœurs, quelles que soient les distances qui nous séparent.
  • Donnez : Faites une contribution financière à un ou plusieurs des divers organismes d’aide réputés qui travaillent à réduire la crise. Le gouvernement du Canada a créé un « Fonds de secours contre la famine ». Pour chaque don fait entre le 17 mars et le 30 juin 2017 par des particuliers à un organisme de bienfaisance canadien enregistré, y compris plusieurs des agences de développement et de secours parrainées par nos communautés de foi œuvrant dans la région, le gouvernement versera un montant en contrepartie au Fonds de secours contre la famine. Selon les Nations Unies, la crise humanitaire actuelle dépasse de loin les ressources actuellement utilisables et le montant du financement réservé jusqu’ici par les pays du monde entier[2].
  • Parlez-en : Prenez le temps de mieux vous informer au sujet de la crise, et parlez-en avec votre famille, vos amis et vos voisins. Discutez de cette question mondiale impérieuse avec vos organismes communautaires locaux. Communiquez avec votre député fédéral pour exprimer vos préoccupations.

En plus du Fonds de secours contre la famine, le gouvernement du Canada a affecté 119 millions de dollars au Soudan du Sud, au Yémen, au Nigéria et à la Somalie, dont 37 millions de dollars sont alloués spécifiquement au Soudan du Sud. Le Canada fournit également 10 Casques bleus à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire. Nous pressons les membres de nos communautés confessionnelles respectives de se joindre à nous pour encourager notre gouvernement à continuer à faire appel pour une assistance humanitaire accrue et pour la cessation de la violence.

Notre gouvernement a fait connaître son intention de participer plus activement au Conseil de sécurité des Nations Unies au cours des prochaines années. Le moment est venu pour notre Premier ministre et pour tous les dirigeants canadiens d’être à la hauteur de cette aspiration en parlant clairement et constamment en faveur de la fin de la violence au Soudan du Sud, en Somalie, au Nigéria et au Yémen.

La voix du Canada doit se faire entendre en ce moment tragique, particulièrement pendant qu’il célèbre les 150 ans de la Confédération. Nos croyances nous appellent à partager les dons avec lesquels nous avons été si généreusement bénis et à être responsables de la façon dont nous aidons les autres lorsqu’ils sont dans le besoin.

Signataires :

Mukhbir Singh – President, World Sikh Organization of Canada. 
Asif Khan, National Secretary Public Affairs – Ahmadiyya Muslim Jama’a at Canada
Fred J. Hiltz, Archbishop and Primate  – The Anglican Church of Canada
Rev. Canon  Dr.  Alyson Barnett- Cowan – President, Canadian Council of Churches.
Bishop Abgar Hovakimyan, Primate of the Armenian Holy Apostolic Church Canadian Diocese
Gerald Filson, Director of Public Affairs – The Bahá’í Community of Canada
Rev. Tim McCoy, Executive Minister – Canadian Baptists of Ontario and Quebec
Dr. Mohammed Iqbal Nadvi, Chair – Canadian Council of Imams
Nuzhat Jafri, President  – Canadian Council of Muslim Women
Rabbi Debra Landsberg, President –  Toronto Board of Rabbis
Rabbi Baruch Frydman-Kohl, Co-Chair – Canadian Rabbinic Caucus
Rev Dr Jen Garbin BA MDiv DMin, Regional Minister, Region of Canada – Christian Church (Disciples of Christ) in the US & Canada 
Mr. Bruce Clemenger, President , The Evangelical Fellowship of Canada (EFC)
The Rev. Susan C. Johnson,  National Bishop, – Evangelical Lutheran Church in Canada
Primate Bishop Anthony Mikovsky – Polish National Catholic Church of Canada
The Rev. Peter Bush, Moderator, 2017 General Assembly – The Presbyterian Church in Canada
Reverend Marijke Strong, Executive Secretary of the Regional Synod of Canada – Reformed Church in America
Commissioner Susan McMillan, Territorial Commander – The Salvation Army Canada and Bermuda Territory
(Most Rev.) Douglas Crosby, OMI , Bishop of Hamilton and President of the Canadian Conference of Catholic Bishops

[1] Somini Sengupta, « U.N.’s famine appeal is billions shy of goal », The New York Times, 23 mars 2017

https://www.nytimes.com/2017/03/23/world/africa/un-famine-nigeria-somalia-south-sudan-yemen.html?_r=0

[2] Communiqué des Nations Unies, « Conseil de sécurité : le Yémen, théâtre de la “pire crise humanitaire au monde”, selon le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU », 10 mars 2017 https://www.un.org/press/fr/2017/cs12748.doc.htm

[3] Communiqué des Nations Unies, « Conseil de sécurité : le Yémen, théâtre de la “pire crise humanitaire au monde”, selon le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU », 10 mars 2017 https://www.un.org/press/fr/2017/cs12748.doc.htm

 

Ensemble, répondons à leur appel, unissons-nous pour combattre ce fléau qui atteint nos frères et sœurs.

 

VOIR CE QUE AED CHOISI DE FAIRE EN RÉACTION À CETTE FAMINE!

 

Facons de faire un don – FR

 

 

 


 

Communiqué – Campagne famine 2017 – AED participe

07.06.2017 in AED Canada, AFRIQUE, Aide à l'Église en détresse., Communiqué, Famine, Marie-Claude Lalonde, Mario Bard, Nigéria, Soudan du Sud, Voyagez avec AED

Famine en Afrique

Aide à l’Église en Détresse dit oui à l’appel des évêques

 

Montréal, 7 juin 2017 – Aide à l’Église en Détresse (AED) participe à la campagne pancanadienne Priez-Donnez-Parlez-en, lancée par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). « Les informations qui proviennent de ceux avec qui nous travaillons sur le terrain sont formelles : la situation empire », souligne Marie-Claude Lalonde, directrice nationale. « Notre objectif est d’amasser 290 000$ pour aider nos partenaires locaux – diocèses et paroisses – à soutenir la population affamée qui vient vers eux, afin qu’elle ne meure pas ! » L’œuvre pontificale compte amasser 150 000 $ pour de la nourriture et des semences dans le nord-est du Nigeria, et 140 000$ pour des sacs de sorgo destinés au Soudan du Sud.

 

La famine s’installe dans quatre pays d’Afrique : Soudan du Sud, Nigeria, Yémen et Somalie. AED aidera au Soudan du Sud et au Nigeria.

D’ailleurs au Soudan du Sud, Aide à l’Église en Détresse rapportait plus tôt cette année une dégradation rapide dans la région de Malakal. « Nous avons déjà fait parvenir du soutien aux personnes déplacées, dont s’occupent les prêtres de la paroisse de St-Stephen à Malakal, un montant de plus de 223 000$ depuis 2016. Mais, tel que le rapporte l’Organisation des Nations Unies, 100 000 personnes au Soudan du Sud sont maintenant frappées par la famine », indique Mme Lalonde.

 

« Il est essentiel de continuer notre soutien auprès des partenaires paroissiens et diocésains déjà impliqués pour soulager la misère. »  Le Soudan du Sud est devenu indépendant en 2011, mais vit une guerre civile depuis 2013. Selon de nombreux experts, celle-ci cause en grande partie la famine que l’on y vit aujourd’hui.

Janvier 2017, Soudan du Sud, dans le camp de déplacés de Riimenze

 

Par ailleurs, Aide à l’Église en Détresse va aussi soutenir des victimes de la famine dans le nord-est du Nigeria. Là-

bas, c’est la présence de groupes terroristes qui est la cause principale de cette famine. « Les groupes terrorisent les villageois, brûlent leurs maisons et leurs récoltes. Ils doivent fuir la violence de ces groupes abjects. Résultat : ils n’ont accès à la nourriture que grâce à diverses sources d’aides, dont les paroisses qui se transforment dans bien des cas en lieu de refuge. L’Église est encore vue comme un lieu sûr par la majorité de la population », explique Marie-Claude Lalonde.

« Nous appelons nos bienfaiteurs et bienfaitrices à être généreux dans le soutien à nos partenaires et nous remercions la CECC de nous faire confiance à travers cet élan collectif et interconfessionnel de générosité », souligne Mme Lalonde.

 

Pour donner à la campagne pancanadienne Priez-Donnez-Parlez-en par le biais d’Aide à l’Église en Détresse, merci de faire parvenir vos dons par carte de crédit à l’adresse web sécurisée :
WWW.ACN-AED-CA.ORG/JAIFAIM

 

Il est aussi possible de faire parvenir vos dons à l’adresse suivante :

Aide à l’Église en Détresse
Campagne Urgence J’ai faim
Case postale 670, Succursale H
Montréal (Québec) H3G 2M6

 

L’argent reçu par notre organisme ira
aux partenaires directs d’Aide à l’Église en Détresse.

 

MERCI DE VOTRE GÉNÉROSITÉ !


 

Entrevue AED – Violences au sud des Philippines – analyse d’un évêque

02.06.2017 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Entrevue, Informations, Jonathan Luciano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Violences dans le sud des Philippines

Cathédrale détruite et dialogue fragilisé

 « Dans l’ensemble, la population n’est pas favorable à l’État islamique »

 Aide à l’Église en Détresse (AED) a interviewé le responsable de la prélature de Marawi, dans le sud des Philippines (île de Mindanao), Mgr Edwin delà Peña, évêque de Marawi (MSP) à propos de la situation qui prévaut dans la ville, attaquée le 23 mai dernier par le groupe terroriste Maute. Les assaillants ont tué délibérément des chrétiens et brûlé plusieurs bâtiments, dont la cathédrale Sainte-Marie auxiliatrice. Au moment d’écrire ces lignes (31 mai 2017), le directeur national d’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, rapportait que 104 personnes avaient été tuées et que plus de 12 500 familles étaient déplacées. Il y avait toujours une quinzaine de chrétiens retenus en otage, dont le père Chito Suganob, vicaire général. La Conférence des évêques catholiques des Philippines a confirmé que la vidéo dans laquelle il apparaît et qui circule présentement sur Facebook est authentique.

 

Source: wikimedia

Quelle est la situation actuelle dans la prélature de Marawi ?

Nous ne savons pas trop. Nos fidèles ne sont plus là-bas, ils ont été évacués. Je ne connais pas la situation de ceux qui sont restés, parce qu’une opération est en cours pour nettoyer la ville… des terroristes, et qu’il y a des bombardements aériens. Je ne sais pas comment ils survivent.

 

La cathédrale est-elle totalement détruite ?

Oui, on m’a dit que la cathédrale et la maison de l’évêque sont totalement détruites, d’abord par l’incendie, puis également par le bombardement [gouvernemental], parce que nous sommes en plein cœur de la vieille ville, le centre des combats. Je ne sais pas avec certitude combien de temps il nous faudra pour récupérer, mais ce sera très difficile pour nous tous, non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour les musulmans.

 

 

Comment étaient les relations islamo-chrétiennes à Marawi avant l’incident ?

À Marawi, il y a environ 95% de musulmans. Nous formons une minuscule minorité, nous sommes une très petite Église et la majeure partie de la population catholique de la ville se trouve à l’université, où nous avons des étudiants qui viennent d’autres provinces.

Marawi durant la première journée de siège le 24 mai dernier. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

Les relations étaient magnifiques. Nous étions engagés dans le dialogue interreligieux et nous avons beaucoup de partenaires. Et de fait, le Père Cito était au centre de cet engagement, parce que son objectif principal est vraiment de se connecter, de se relier à toutes les ONG musulmanes ayant participé avec nous au développement communautaire et à l’éducation au dialogue interreligieux. C’était beau, jusqu’à l’émergence de cet extrémisme : les combats, la présence de ces éléments extrémistes originaires du Moyen-Orient, et la radicalisation inconsciente et involontaire des jeunes [d’ici]. Certains d’entre eux n’étaient pas radicaux, mais ils le sont devenus en orientant leurs points de vue sur ceux des radicaux du Moyen-Orient. Par contre, en général, nos relations avec nos partenaires ont toujours été très positives. En fait, ils nous ont dit qu’ils sont également contre cet afflux d’éléments de l’État islamique qui arrivent à Marawi, parce qu’ils savent exactement quelles conséquences cela a sur la culture de la population et son mode de vie. Les gens de Marawi ont toujours été très paisibles.

 

 

 

Donc, il est exact de dire que la population en générale n’est pas favorable aux membres de l’État islamique.

Oui, oui, oui, c’est exact. En fait, ce qui se passe aujourd’hui, surtout maintenant que c’est le ramadan qui est un mois très saint pour eux, c’est qu’ils ne sont pas en mesure de le célébrer de la façon qu’ils auraient aimée. Ils ressentent une certaine forme de colère contre ces groupes terroristes qui viennent perturber cette commémoration très sainte du ramadan. Donc, si ces groupes extrémistes voulaient obtenir le soutien du peuple, c’est raté.

 

Voyez-vous une différence sur la manière qu’ont ces groupes d’opérer, entre ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce qui se passe maintenant à Marawi ?

Il y a des similitudes. Ce ne peut pas être une autre Syrie ou un autre Irak, mais l’aspect actuel de la ville après le bombardement et le reste, ce n’est plus celui de Marawi. Les vestiges de la vieille ville, tout ce que nous voyons aux nouvelles, tout est en ruines, la destruction est partout. C’est l’image de la Syrie et de l’Irak que nous avons à l’esprit.

Plus tôt cette semaine : la population tente de fuir les bombardements gouvernementaux et les exactions des terroristes. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

 

Qui est le groupe Maute qui a mené ces attentats?

Maute provient de la tribu Maranao. Il ressort de mes conversations avec certaines figures religieuses d’ici que ce groupe est constitué d’individus autrefois favorisés à Marawi. Certains étaient d’importants trafiquants de drogue. Désormais, ils sont maîtrisés, mais ces gens étaient habitués à avoir une vie facile et confortable, avec de l’argent qui coule à flots. Maintenant qu’ils n’ont plus le pouvoir et que le maire ne les soutient plus, ils sont privés de ressources et abandonnés à eux-mêmes. C’est probablement l’un des facteurs qui les a conduits vers la radicalisation. On nous a dit également que l’argent venait de l’extérieur, que certaines personnes faisaient aussi partie d’une autre formation et que certains éléments étrangers les formaient dans leurs cachettes de Lanao (province voisine)

 

Le gouvernement a continué à nier la présence de l’État islamique aux Philippines. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Je ne suis pas sûr. Ils peuvent le nier aussi longtemps qu’ils le veulent. Je ne suis pas la bonne personne pour en parler, mais je me fais l’écho de ce que je sais, à savoir que certains d’entre eux ont même été formés à l’étranger et que certains ont étudié au Moyen-Orient. Ils viennent de familles très riches, ils ont donc les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école, en Arabie saoudite et en Jordanie.

 

Existe-t-il une relation entre Maute et le groupe terroriste Abu Sayyaf ? 

Je pense que oui, du fait que Hapilon1 est à Lanao. En fait, un mandat d’arrêt était sur le point d’être délivré contre lui avant que tout cela n’arrive. [Je pense] que ça a été le déclic. Hapilon vient d’Abu Sayyaf. Il a donc conclu une alliance tactique avec Maute à Lanao, en se fondant sur le fait que tous les deux sont des sympathisants de l’État islamique. Ils ont donc probablement uni leurs forces.

 

Avez-vous des informations récentes sur le Père Chito et les autres chrétiens enlevés ?

Je suis au courant de la vidéo du Père Chito depuis hier (mardi 30 mai 2017). Il est vivant ! J’en suis heureux, mais triste aussi des réactions des internautes DDS (DDS signifie les partisans du président Duterte), qui l’ont fustigé pour son message, sans tenir compte de sa situation actuelle d’otage, privé de liberté. Nous avons perdu notre sens de l’humanité ! C’est triste ! Je plains ce pays et je suis désolé pour la situation du Père Chito et de ses compagnons.

Le père « Cito », surnom du père Teresito Suganob, enlevé avec 15 autres personnes dans la cathédrale de Saint-Marie auxiliatrice. (Photo: page Facebook du père Teresito).

 

Nous n’avons eu aucun contact avec les militaires jusqu’à il y a quelques jours, quand j’ai pu établir un lien avec le commandant en chef de la division de marines chargé de faire le nettoyage et les opérations de ratissage à Marawi. Il a promis de faire de son mieux pour localiser le Père Chito et ses compagnons. Ils sont environ 12 à 15 personnes. Certains d’entre eux étaient professeurs au Collège Dansalan tout proche. Beaucoup d’entre eux étaient à la cathédrale au moment de l’enlèvement parce qu’ils préparaient la fête de Marie auxiliatrice2. Nous avions beaucoup des nôtres à l’intérieur et dans l’église.

 

Considérez-vous cet incident comme une escalade après les différents événements antichrétiens qui ont eu lieu à Mindanao ?

Oui, je suppose que c’est le cas.

 

Connaissez-vous des histoires de solidarité personnelle entre musulmans et chrétiens ces derniers jours ?

Oui, des connaissances personnelles de la famille de mon chauffeur, qui se sont cachées dans l’une des usines de riz dans la ville de Marawi, ont été accompagnées par leur chef de district, qui est un Maranao. Il a organisé le groupe en expliquant comment répondre si le groupe Maute les interceptait sur le chemin. Ils sont sortis ensemble de la maison pour aller vers le pont où des bus les attendaient pour les faire sortir de Marawi. Je le considère comme un héros pour avoir guidé ce groupe mixte de chrétiens et de musulmans qui tentaient de fuir le danger.

 

Une photo de quelques membres de Maute, composé de 100 à 200 hommes. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

Mais il y a des gens dans le groupe qui, alors qu’ils essayaient de traverser le pont, ont été accostés par Maute. On leur a demandé s’ils étaient chrétiens. Malheureusement, ils ont répondu oui parce qu’ils n’étaient pas là quand les consignes ont été données. Un autre homme, membre de l’une des familles qui vivent dans le complexe de la cathédrale de Marawi, a été extirpé du groupe parce que sa chemise courte laissait voir la croix tatouée sur son épaule. C’est ainsi qu’il a été identifié comme chrétien, et il a été abattu. Puis, nous avons entendu dire que certains hommes avaient été tués et jetés dans un ravin. Il s’agirait du groupe qui avait été abordé alors qu’il tentait de rejoindre le convoi des personnes évacuées. On peut aussi lire dans les journaux de nombreuses histoires de musulmans qui ont tenté de protéger des chrétiens.

 

Comment cet incident affecte-t-il les relations entre chrétiens et musulmans à Marawi ?

Nous ne pouvons pas éviter que certaines personnes qui savent maintenant ce que nous avons fait ici à Marawi et le type de relations que nous avons développées au fil du temps se sentent confirmées dans les préjugés naturels que les chrétiens ont contre les musulmans. Nous faisons un travail assez frustrant. Le dialogue interreligieux est un processus très fragile et ce genre d’incidents est de nature à détruire les fondations de ce que nous avons fait. Certaines personnes alimentent ces sentiments antimusulmans. Nous n’aimons pas que cela se produise, c’est si triste, car nous avons bien amélioré les relations entre musulmans et chrétiens à Marawi.

 

En fait, si l’on compare nos relations à celles qui ont lieu ailleurs, je peux dire sans me tromper que les nôtres sont les meilleures… en ces 41 années d’existence de la prélature. Elles existaient avant même que la Prélature ne soit érigée. [Par exemple] les écoles tenues par l’Église ont toujours été appréciées de nos frères chrétiens et musulmans. Les cadres de la ville ont étudié dans nos écoles et ils y envoient maintenant leurs enfants ; ils ont développé une sorte de lien de fidélité envers nos écoles.

 

Quel message adressez-vous aux bienfaiteurs d’AED à travers le monde ?

Il est très regrettable que notre petite Prélature, qui est la plus petite et la plus pauvre des Églises locales aux Philippines, subisse cette crise si difficile. Notre cathédrale a été détruite, de même que la maison de l’évêque, et nous devons repartir à zéro.

 

Nous devons continuer notre mission qui consiste à tendre la main de la réconciliation et de l’amitié à nos frères et sœurs musulmans, parce que c’est l’héritage du pape Paul VI quand il a rétabli la Prélature de Marawi, au plus fort de la crise du début des années 703. Citant Mgr Tutu, le Pape avait dit : « Nous, chrétiens, devrions être les premiers à tendre la main de la réconciliation et de la fraternité à nos frères et sœurs musulmans. C’est la façon d’instaurer la paix, interrompue à cause de la guerre ».

Je pense que la même chose est valable pour notre situation actuelle. Nous ne pouvons pas tourner le dos à ce que nous avons commencé, à ce que la Prélature avait commencé au milieu des années 70. Nous devons poursuivre le travail de dialogue, continuer à travailler avec nos frères et sœurs musulmans, afin d’établir, de reconstruire les relations rompues, les rêves brisés et les espoirs de tant de gens de vivre en paix. Nous voulons simplement vivre en paix, et nous aimerions vous demander de nous aider à reconstruire cette paix, par le genre de travail que nous faisons : travailler avec nos frères et sœurs musulmans et être en dialogue avec eux.

Le première nuit de siège à Marawi. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

 

 

 

Quels sont vos besoins les plus urgents pour le moment ?

Nos besoins ne sont pas notre préoccupation majeure en ce moment. Notre objectif est plutôt d’essayer de faire ce que nous pouvons pour répondre à la crise humanitaire qui se développe à Iligan. En effet, il y a tellement de personnes qui ont été évacuées de Marawi, elles ont besoin de tout le soutien que nous pouvons obtenir. C’est pourquoi certains de nos diocèses et même Caritas Filipinas à Manille, et l’archidiocèse de Manille à travers le Cardinal Chito Tagle et tous les autres diocèses des Philippines nous ont demandé comment ils pouvaient nous aider, où ils pouvaient envoyer tous leurs dons.

Nous nous sommes donc coordonnés avec le diocèse d’Iligan pour mettre en place, au Centre pastoral diocésain, des points de réception des dons et de coordination des volontaires. Nous travaillons également avec nos frères et sœurs musulmans qui dialoguent avec nous. C’est pour nous une grande occasion de montrer notre solidarité et d’essayer de répondre aux besoins de nos frères et sœurs, en particulier dans les centres d’évacuation. C’est donc ce que nous faisons en ce moment, et s’il y a quelque chose que vous pouvez faire pour nous aider, pour attirer l’attention du monde sur ce qui se passe à Marawi en ce moment, ou pour soutenir les opérations de secours, nous vous en serions reconnaissants.

L’un des centres d’évacuation pour les milliers de résidents qui ont fui Marawi.  (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

  1. L’un des dirigeants d’Abu Sayyaf
  2. Fêtée le 24 mai de chaque année
  3. Rébellion musulmane, résultat de l’histoire de l’île
Propos recueillis par Jonathan Luciano, AED Philippines
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada

 

 

 

 


 

Réaction : Aide à l’Église en Détresse au Canada (AED) #zerofamine

30.05.2017 in AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Marie-Claude Lalonde, Mario Bard, Nigéria, Soudan du Sud
Camps de déplacés à Riimenze, Soudan du Sud, janvier 2017


Réaction : Aide à l’Église en Détresse au Canada (AED)

 

Montréal, 29 mai 2017 – Aide à l’Église en Détresse au Canada (AED) accueille très favorablement l’annonce du gouvernement fédéral qui a créé aujourd’hui le Fonds de secours contre la famine (#zerofamine) afin de combattre cette tragédie plus particulièrement au Soudan du Sud, dans le nord-est du Nigeria, au Yémen et en Somalie.

« Les nouvelles sont très mauvaises et confirment ce que nous entendons de la part de nos partenaires depuis quelques mois au sujet du manque de nourriture et de la famine qui s’installe », déclare Marie-Claude Lalonde, directrice du bureau canadien d’AED. « Ce qui est troublant, c’est que dans tous ces pays, ce sont les conflits provoqués par des guerres entre différentes factions qui causent cette tragédie. Le Soudan du Sud, où la famine est en grande partie causée par la guerre civile qui sévit depuis 2013, est un bon exemple de cela. »

D’ailleurs en février dernier, Aide à l’Église en Détresse rapportait que les évêques sud-soudanais dénonçaient la situation. Ils rappelaient l’une des sources de la famine : l’impossibilité pour les villageois de récolter leurs terres à cause de la présence des combattants, gouvernementaux ou de l’opposition, qui y ont pratiqué la « terre brûlée ». Ils considéraient « tout cela [comme] une forme de punition collective, ce qui est interdit et considéré comme un crime de guerre selon les conventions de Genève. »1

L’Église a l’habitude du service humanitaire. En 2015 au Nigeria, elle aide des déplacés qui fuient les violences de Boko Haram. (photo)

Une inflation de 800%

Un agent de pastorale sud-soudanais – qui a gardé l’anonymat pour des questions de sécurité – avait aussi signalé à l’AED que le problème pourrait prendre de l’ampleur si rien n’était entrepris par la communauté internationale. « Il est extrêmement difficile de trouver de la nourriture et d’obtenir de l’argent liquide pour payer les marchandises… devenues très chères », avait-il alors indiqué. En début d’année lors de l’entrevue, l’inflation atteignait déjà les 800 pour cent !

Cette personne avait également accusé les chefs des différentes tribus – encore très importants dans la société sud-soudanaise – de se battre uniquement « pour le pouvoir politique et l’argent (pétrole, bois, ressources minérales). Ces élites se soucient plus de leur propre avantage que du bien-être des gens, dont beaucoup meurent de faim », avait-il dénoncé.2

 

Depuis plusieurs années, Aide à l’Église en Détresse soutient l’Église locale du Soudan du Sud et du Nigeria, particulièrement dans les diocèses touchés par la violence de la guerre civile et celle du groupe terroriste Boko Haram.

 

  1. Communique-lepiscopat-sud-soudanais-denonce-la-violence-contre-les-civils/
  2.   Soudan-du-sud-leglise-soutient-les-refugies

 


 

Entrevue AED – Venezuela Appel des évêques au gouvernement

25.05.2017 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Maria Lozano
Photo: María Alejandra Mora (SoyMAM)

Entrevue AED – Venezuela
Appel des évêques au gouvernement

Lors d’une visite au siège international de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), l’archevêque de Mérida au Venezuela, S.E. le cardinal Enrique Porras, a accordé un entretien à María Lozano du Service de l’information, concernant les conditions de vie extrêmement graves dans son pays. Il a souligné la situation terrible que subit la population à cause du manque de médicaments et de nourriture. Il a également parlé de la Journée de prière pour la paix au Venezuela, qui s’est déroulée dimanche dernier, 21 mai.

Au cours des dernières semaines, la conférence épiscopale vénézuélienne a publié deux messages concernant les graves événements et les violents affrontements politiques qui ébranlent actuellement le pays. Elle appelle les Vénézuéliens « à refuser toute expression de violence et à respecter les droits de tous les citoyens. » La conférence épiscopale souligne également l’obligation inscrite dans la Constitution nationale « de garantir la possibilité de protestations civiles et exemptes de violence ». Dans leur dernier message du 5 mai, les évêques qualifient les décisions récentes du gouvernement Maduro et du Tribunal suprême de justice comme « erronées » et « inutiles ». Ils demandent « de ne pas modifier la Constitution, mais de la respecter. » Le gouvernement doit maintenant se concentrer sur les problèmes actuels du pays, notamment la pénurie de « denrées alimentaires et de médicaments » et le manque « de liberté, de sécurité personnelle et juridique ainsi que de paix ».

Mgr Porras est l’un des signataires de ces messages et président d’honneur de la conférence épiscopale. Il a expliqué à AED la nécessité de ces déclarations de la part de l’Église au Venezuela, qui doit assumer un « rôle responsable ». Il décrit ce rôle comme une « sorte de mission subsidiaire allant au-delà de ce qui s’avérerait indispensable en d’autres circonstances ». Actuellement, « les gens subissent des mesures répressives lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec la politique officielle ou expriment une autre opinion : menaces, amendes, peines de prison, expulsions », affirme l’évêque. « D’un point de vue extérieur, le climat social actuel est à peine compréhensible. La marge de manœuvre diminue de plus en plus. Ici, tout est actuellement unidimensionnel. »

Dans ce contexte, l’archevêque de Mérida considère comme particulièrement grave le manque de respect face au droit au pluralisme : « Il s’agit d’imposer un système où ne s’applique rien d’autre que l’opinion officielle. Les autres n’ont pas le droit d’apparaître. Par exemple, lorsqu’une manifestation est prévue, on organise immédiatement une manifestation parallèle, le même jour et à la même heure. Ce qui compte, c’est de montrer nettement qui est le plus fort. » Mgr Porras déplore en outre que « le discours autour de la lutte des classes » soit poursuivi au Venezuela. « L’un parvient à ses fins grâce à la haine envers l’autre. Il s’agit du discours militariste axé sur la maxime ‘‘qui n’est pas avec moi, est contre moi’’. La seule chose qui compte, c’est d’éliminer l’ennemi. Cette attitude a déchiré la coexistence et le tissu social. »

L’archevêque ne nomme jamais le président actuel, Nicolás Maduro. Mais la responsabilité du gouvernement est clairement sous-entendue lorsqu’il souligne que les racines du problème se situent bien plus loin dans le passé : « Les 18 années du gouvernement de Chávez d’abord et de Maduro ensuite sont aussi le résultat d’une dégradation entamée durant les années précédentes. Le Venezuela doit sa croissance au pétrole. Le pays a grandi sur le plan économique et au niveau de son infrastructure. Mais la classe dirigeante a oublié le peuple à cause de la croissance accélérée. En effet, il ne s’agissait que d’un don de la nature, pas du résultat des efforts fournis à travers le travail. Les gouvernants ont fait beaucoup de choses, mais ils ont oublié les êtres humains. C’est pour cette raison que plus tard, le discours ‘messianique’ a été accepté avec enthousiasme. »

Aide humanitaire : « nous rencontrons des obstacles »

Le cardinal de 72 ans, originaire de Caracas, critique ouvertement « la concentration de tous les pouvoirs au sein du gouvernement. Ceci a engendré l’impunité et la corruption ». Une clé du problème réside aussi dans le fait de toujours vouloir rendre les autres responsables de tout ce qui est mauvais. « Cela se répète sans cesse : tout ce qui est mauvais est dû aux autres. Ou alors, on compare avec les temps passés. C’est un comportement d’adolescents ! Par exemple, lorsqu’on souligne qu’il existe aujourd’hui des prisonniers politiques au Venezuela, la réponse est qu’il y en avait également dans le passé. Toutefois, c’est maintenant que nous avons les problèmes, en particulier la pénurie de denrées alimentaires et de médicaments ainsi que le manque de sécurité. »

Ce sont les trois problèmes qui causent le plus de soucis à l’archevêque. Son visage reflète d’ailleurs bien ces préoccupations : « J’ai été obligé d’enterrer un prêtre de 35 ans qui a été victime d’une hémorragie cérébrale. Selon les médecins, il aurait pu être sauvé si nous avions disposé d’un médicament, qui n’était pourtant pas exceptionnel. Mais nous ne l’avions pas. Voilà pourquoi il est mort. Ce sont des choses qui arrivent tous les jours. En effet, nous n’avons même pas les soins de base pour assurer les interventions chirurgicales, pour les accidents, pour les personnes âgées ou les bébés qui, en règle générale, ont besoin de médicaments un peu particuliers. »

Officiellement, « tout cela est nié. Il n’est pas accepté qu’il soit question d’aide humanitaire. Car selon des déclarations officielles, nous avons tout ce qu’il nous faut. Un voyageur qui se rendra au Venezuela pourra constater que ce n’est pas le cas. Et si quelqu’un l’affirme, il se rend suspect d’être partisan d’autre chose. » Le cardinal Porras, qui est également directeur de Caritas Venezuela, remercie la communauté internationale du soutien accordé. Toutefois, au Venezuela même, il se heurte « à un mur. Il est très difficile de construire un pont afin que les aides parviennent à destination. Car nous rencontrons des obstacles. » Les médias jouent également un rôle important dans ce conflit intérieur. Les batailles politiques sont devenues des luttes dans les médias : « Lorsque je dis ‘il n’y a pas de médicaments ici’, il apparaît tout de suite une photo de médicaments, avec comme légende : ‘Ce n’est pas vrai, regardez donc ici’. Et cela arrive pour tout ce que vous prenez, avec les denrées alimentaires, avec la sécurité intérieure, etc. »

Photo: María Alejandra Mora (SoyMAM)

Famille, diversité et consensus menacés :
« L’Église tente de les défendre ». 

Lorsqu’on parle de solutions surgit la question du dialogue. Mais le peuple serait-il écœuré par cette solution ? « De nos jours, parler de dialogue au Venezuela est presque considéré comme une insulte parce que les expériences [précédentes] sont terribles. Le dialogue a été utilisé seulement pour faire une mise en scène pour les photos. Jamais il n’a été question des véritables problèmes, ils n’ont pas été résolus. Pour cela, il est nécessaire que l’autre t’accepte comme interlocuteur. » Voilà pourquoi l’archevêque maintient que pour entamer un véritable dialogue, une deuxième facette est incontournable : « Respecter les accords. Il y avait une offre véritable de respecter les accords, mais ils n’ont jamais été respectés. C’est ce qu’évoquait le cardinal Parolin, secrétaire d’État, dans un message rédigé en décembre 2016. Il y écrivait qu’il ne pouvait pas y avoir de dialogue tant que les accords conclus n’étaient pas respectés. »

C’est peut-être la raison pour laquelle le cardinal parle plutôt de consensus et de pluralisme, au lieu d’utiliser la notion usée et manipulée de dialogue : « La discussion ne fait pas partie de notre culture. Je vous donne un exemple : pour assister à un match de baseball – le sport le plus populaire dans notre pays –, les gens s’y rendaient de préférence avec un supporter de l’autre équipe. Ils s’amusaient plus ainsi. Ce caractère amical s’est maintenant évaporé. Aujourd’hui, tout est politique, on ne peut plus qu’être soit pour, soit contre. La vie est très variée, et maintenant, tout tourne autour de la politique. La famille, la diversité, le consensus sont menacés. L’Église tente de les défendre. »

Conferencia Episcopal de Venezuela

C’est pourquoi le cardinal demande à la communauté internationale de « tenter de se procurer une information réelle et récente, pour ne pas se laisser duper par des mensonges. » Il demande également des prières et du soutien. « Il est compréhensible que chacun soit préoccupé par ses propres soucis quotidiens, mais nous vivons dans un univers mondialisé. Et, en tant que croyants, ceci nous concerne d’autant plus. Au Venezuela, nous avons besoin de la prière comme force intérieure qui empêche que l’espérance et la joie nous soient volées. Les difficultés sont là pour être surmontées, pas pour nous faire pleurer. »

Une Journée de prière a été proposée par la conférence épiscopale dimanche dernier (21 mai), « Pour la fin de la violence et de l’oppression exercées par l’État ainsi que pour la recherche de voies propices à l’entente et à la réconciliation. »

Selon le cardinal Porras, le contact avec l’Église universelle donne du courage. « Ce contact fait croître en nous le souhait de surmonter les difficultés. Il nous incite à continuer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nos frères et sœurs. J’aimerais vous raconter encore une chose : parmi les médicaments que nous avons eu la chance de recevoir malgré tout à Mérida, il y avait également de petites boîtes avec une inscription en arabe et en anglais. Surpris, j’ai demandé d’où venaient ces médicaments. Ils nous avaient été envoyés par des chrétiens d’Égypte. Lorsque quelques jours plus tard, les chrétiens de ce pays ont été victimes d’un attentat, j’ai été profondément ému et je me suis senti intensément attaché à ce pays. Dans la solidarité samaritaine, nous donnons le meilleur de nous-mêmes sur le plan matériel et spirituel. »

 


 

Projet de la semaine – Construire une église solide au Philippines

17.05.2017 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Construction, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

Philippines


Une église pour une présence forte !

 

Au sud des Philippines, l’île de Basilan fait partie de l’archipel de Mindanao. Ici, contrairement au reste du pays, les catholiques sont en minorité ; les musulmans y forment la majeure partie de la population.

Malheureusement, les combattants islamistes d’Abu-Sayyaf veulent y établir « l’État islamique de Mindanao », et ils se qualifient eux-mêmes de guerriers islamistes. Par contre, la communauté internationale et la population philippine les considèrent comme des terroristes et des criminels. Ils répandent la terreur par leurs attentats à la bombe et les enlèvements qu’ils commettent.

 

Un moyen pour les catholiques de mieux se faire respecter par la majorité musulmane est d’avoir des signes d’une présence forte, dont une église qui soit en bon état. Depuis 40 ans, la paroisse Saint-Antoine, située dans la ville de Lamitan, possède une église. Mais aujourd’hui, elle est presque entièrement délabrée et elle est devenue beaucoup trop petite, car le nombre de paroissiens qui la fréquentent ne cesse d’augmenter. Construire une nouvelle église est la solution, mais les fonds manquent ; les gens sont pauvres et ne pourraient contribuer financièrement à ce projet.

 

L’évêque du diocèse où se trouve Saint-Antoine, Mgr Martin S. Jumoad, nous écrit : « Nous voudrions construire une église solide qui diffuse le message de la stabilité et de la cohésion, ainsi que de la foi forte du peuple de Dieu. Les musulmans respectent les gens qui sont forts et unis, et qui vivent une vie de prière. Avec une église solide, nous serions respectés, et j’espère que cela apportera la paix à notre pays ».

 

Pour les 700 fidèles en moyenne qui fréquentent régulièrement la messe, notre aide s’élève à 43 500 $.

Photo: Renovation and expansion de la paroisse St. Antonio de Padua à Barangay Sta. Clara, ville de Lamitan 

 

 


 

Projet de la semaine de AED: Des vélos pour la catéchèse!

10.05.2017 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Catéchètes, Inde, Motorisation, Motorisation, PROJETS AED, Voyagez avec AED

Inde

275 vélos pour la catéchèse !

Le diocèse d’Eluru compte plus de 1 150 villages catholiques et les catéchistes y jouent un rôle fondamental. En effet, comme les prêtres ne peuvent être partout à la fois, les catéchistes préparent les gens au baptême, à la première communion, à la confirmation et au mariage, en plus d’organiser les prières et la liturgie de la parole, quand ce n’est pas la visite aux fidèles chez eux ou bien la prière avec les familles : bref, tout un programme !

De plus, les catéchistes font maintenant face à un nouveau défi : celui de l’influence du cinéma et de la télévision sur les familles, qui est en constante augmentation… tout comme les problèmes. C’est pourquoi il est de plus en plus important de bien préparer les couples au mariage tout comme de conseiller et de soutenir les familles. À cet égard, l’apport des catéchistes est inestimable.

 

Par contre, le diocèse ne peut leur offrir qu’une modeste rémunération pour leur travail, puisqu’il est très pauvre. Ses habitants sont des agriculteurs qui dépendent de la clémence des grands propriétaires terriens. De plus, la région où ils se trouvent est touchée régulièrement par des catastrophes naturelles qui abîment les récoltes. Les gens n’ont donc pas les moyens d’assurer le paiement complet de services diocésains et encore moins de payer pour le transport des catéchistes qui leur rendent pourtant un si grand service !

 

Qu’à cela ne tienne : les bienfaiteurs d’Aide à l’Église en Détresse ont donné 19 938 dollars afin d’acheter 275 vélos et les catéchistes les ont déjà reçus. Le Père Tatapudi Emmanuel, économe du diocèse, nous écrit : « Je vous remercie de tout mon cœur pour votre aide généreuse en faveur du diocèse d’Eluru. Les catéchistes sont très heureux de disposer de vélos pour leur ministère pastoral. Récemment, nous avons organisé une rencontre de deux jours pour tous les catéchistes. À la fin de cette rencontre, tous les catéchistes ont exprimé leur joie d’avoir un vélo. Cela a amélioré la pastorale. Les prêtres de mon diocèse se joignent à moi pour vous remercier pour toute l’aide que vous nous avez procurée pour proclamer la Bonne Nouvelle à la population. Je vous assure de mes prières. Que Marie, Joseph et l’Enfant Jésus vous bénissent ! »

 

 

Merci de votre soutien à l’Église en détresse du diocèse d’Eluru !

 


Violence à Népal: les catholiques ont peurs

05.05.2017 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Maria Lozano, Nepal, Persécution
Deux jours après les fêtes de Pâques, un incendie criminel a fait des dommages importants dans le complexe formé par l’église de l’Assomption.Ici, les dégâts dans le garage.Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari 

Népal

les catholiques ont peurs

La petite communauté catholique du Népal craint de nouveau une flambée de violence contre elle, après une attaque contre le complexe abritant l’église de l’Assomption, qui sert de cathédrale au vicaire apostolique du pays.

 

Un incendie criminel a partiellement endommagé le presbytère de l’église de l’Assomption, la cathédrale du vicariat apostolique du Népal, située en banlieue de Katmandou. Les dommages n’ont été que matériels, mais pour le vicaire général, le Père Silas Bogati, cet incident « a blessé la petite communauté catholique qui a peur. Nous avons confiance en Dieu, mais cet événement est un appel à la prudence ».

 

Photo de la vierge et de Jésus Jardin devant le complexe formé du presbytère et de l’église de l’Assomption qui sert de cathédrale pour le Vicariat du Népal.

Cet attentat survient alors que la situation politique est très délicate dans le pays, où l’on se prépare aux prochaines élections locales le 14 mai prochain, les premières qui auront lieu au Népal depuis près de 20 ans. Elles seront suivies d’élections législatives en janvier 2018.

Les événements sont survenus à trois heures du matin le 18 avril dernier. Au cours d’une entrevue avec l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse, le père Silas a raconté qu’au moins trois personnes étaient entrées dans les lieux et avaient utilisé de l’essence pour mettre le feu à deux motos et une voiture garée dans le complexe. Ils ont également arrosé d’essence les murs et la porte de l’église, qui ont subi de graves dommages. Le presbytère se trouve aussi dans ce complexe. Dix personnes y sont logées, mais « Dieu merci, le véhicule incendié n’a pas explosé pendant l’évacuation des habitants, sinon cela aurait été une catastrophe. Le bâtiment a été gravement endommagé par le feu, mais personne n’a été blessé ».

 

 

Photo d’un camion endommagé : Camion endommagé dans l’attaque contre des catholiques du Népal. Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari

Motifs encore inconnus

Interrogé sur les motifs et les auteurs de l’incendie criminel, le Père Silas s’est montré très prudent : « Nous ne savons pas encore qui est derrière tout cela, et nous ne connaissons pas les motifs de l’attentat ». La police mène l’enquête et tente en ce moment d’identifier les trois personnes qui ont été aperçues sur les caméras de sécurité. « Une fois qu’on en saura plus sur les auteurs du crime, on pourra connaître les motifs, mais pour l’instant on ne peut que spéculer », a indiqué le prêtre.

Le prêtre népalais reconnaît que les catholiques se sentent parfois discriminés. « Bien que nous soyons citoyens népalais, nous sommes traités comme des étrangers par le simple fait d’être chrétiens. Malheureusement, certains pans de la société manifestent de l’hostilité envers les communautés chrétiennes ». Le Père Silas ajoute cependant qu’en général, ils ont « de très bonnes relations avec le voisinage, la plupart des gens étant très ouverts et prévenants avec nous. En fait, les voisins ont été les premiers à aider les victimes et ils ont appelé la police. Ceux qui se comportent autrement sont un petit groupe ».

 

Photo d’un édifice brûlé : une partie du complexe, endommagé par l’incendie criminel. Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari

Ce n’est pas la première fois que la petite communauté catholique du Népal subit des attaques : en mai 2009, une bombe a explosé dans la cathédrale au moment précis où le Père Silas célébrait une messe, tuant trois personnes et causant plus d’une douzaine de blessés. « Ce fut le moment le plus triste de ma vie. Nous n’avions jamais pensé que quiconque pouvait attaquer un lieu sacré de prière. J’ai été très traumatisée après l’événement ». À l’époque, l’attaque a été revendiquée par le groupe fondamentaliste hindou Nepal Defence Army (Armée de défense du Népal).

« Après cet événement, nous avons connu quelques années de paix, mais la récente agression est un appel à la prudence. Bien sûr, en fin de compte, c’est Dieu qui protège, mais nous devons étudier les moyens de renforcer nos mesures de sécurité et d’améliorer la protection de la Communauté », explique le vicaire général au cours de la conversation téléphonique.

 

Marché de fruits et légumes dans les rues

Une Église très active

L’Église catholique est une petite minorité, mais très active sur les questions de développement et d’aide sociale, explique le prêtre : « Ces jours-ci, nous faisons justement mémoire et nous prions pour les victimes du violent tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a dévasté le Népal il y a exactement deux ans, le 25 avril 2015. L’Église catholique est engagée dans un grand travail de reconstruction dans la région, avec la construction de 5 000 logements pour les victimes et le rétablissement du réseau d’eau potable, et des projets en matière de développement pour le voisinage. Cette aide bénéficie à de nombreuses personnes, indépendamment de leur appartenance religieuse. Nous allons la poursuivre, parce que notre vocation est d’aider les plus démunis, comme aujourd’hui les victimes du tremblement de terre ».

Selon le Rapport sur la liberté religieuse, publié par Aide à l’Église en Détresse en novembre dernier, le nombre de catholiques dans le vicariat apostolique du Népal est de 8 000 fidèles ; les Églises évangéliques et pentecôtistes sont beaucoup plus présentes.

On y indique également que la jeune République fédérale démocratique du Népal, autrefois Royaume hindou, a adopté le principe de laïcité de l’État en 2007, un an après l’abolition de la monarchie et après une décennie de guerre civile entre les forces gouvernementales et la guérilla maoïste. Présentement, la pression exercée par les partis pro-hindou est très forte. Cette circonstance, ajoutée à d’autres difficultés – en particulier celles liées à la mise en place des frontières intérieures entre les sept provinces –, a rendu pratiquement impossible que les membres de l’Assemblée constituante en arrivent à un accord. Après le tremblement de terre du 25 avril 2015, c’est sous la pression de la population que les principaux partis parlementaires se sont finalement entendus, en août de la même année, en adoptant un accord considéré comme « historique » par tous les népalais. Le 16 septembre 2015, l’Assemblée constituante du Népal a enfin adopté une Constitution, mettant un terme à un processus délicat qui avait débuté huit ans plus tôt. Le nouveau texte affirme la laïcité des institutions népalaises tout en restreignant considérablement la liberté religieuse.

Les élections du 14 mai prochain vont marquer une étape cruciale dans la mise en place des nouvelles institutions républicaines prévues par la Constitution. C’est pourquoi le Père Silas invite la communauté internationale et AED à « prier pour les catholiques, mais aussi pour tout le pays, afin que le processus politique des prochaines semaines se déroule dans la paix et apporte au pays la stabilité tant désirée.»

 

 

Texte par Maria Lozano, AED International
Adapté par Mario Bard, bureau canadien

 

Communiqué AED – le pape François en Égypte

27.04.2017 in AED Canada, AFRIQUE, Dialogue interreligieux, Égypte, Entrevue, Mario Bard, Moyen-Orient, Vues D'ailleurs

Le pape François en Égypte

« recoudre les liens avec l’Islam »

 

Montréal, mercredi 26 avril 2017 – Le père Samir Khalil Samir, jésuite, spécialiste de l’Islam et professeur à l’Institut des études orientales à Rome, était de passage dans les bureaux canadiens d’Aide à l’Église en Détresse jeudi dernier (20 avril 2017). Égyptien d’origine et né au Caire, nous lui avons demandé ce qu’il pensait de la visite du pape en Égypte, de l’importance du dialogue entre islam et christianisme et de la crainte de voir le Moyen-Orient se vider des chrétiens.
Extraits de cette rencontre.

Propos recueillis par Mario Bard,
Aide à l’Église en Détresse Canada

 

AED : Que diriez-vous au pape François à propos de son voyage en Égypte? Est-ce que vous lui diriez de rester à Rome ou bien d’y aller?

P. Samir: Je pense que, tel qu’il est, il faut qu’il y aille. Ce n’est pas quelqu’un qui a peur. D’autre part, si l’on examine les possibilités d’un attentat, je pense que l’Égypte, ne serait-ce que pour son honneur, fera l’impossible pour le protéger et s’assurer qu’il n’y ait aucun élément dangereux aux alentours. De ce point de vue, je pense que les choses devraient aller normalement.

Par ailleurs, il y a le caractère du pape François qui pourrait dire : ‘‘je ne crains rien et je suis au milieu du peuple. Et si je dois mourir, et bien je suis comme n’importe qui, simplement parce je me trouve dans cet endroit [où a lieu un attentat].’’  Donc, cela pourrait expliquer pourquoi il n’a pas renoncé à son voyage.

D’autant plus que ça fait longtemps qu’il veut recoudre les liens entre le Vatican et l’Islam. Et ceci, il me l’a dit personnellement à l’occasion d’une demi-heure en tête à tête que j’ai eue avec lui il y a quelques mois. Il m’a dit : « Pourquoi est-ce que j’insiste sur le fait que l’Islam est une religion de paix ? Parce qu’il nous faut d’abord refaire l’amitié avec les musulmans et avec Al-Azhar. »

Pourquoi faut-il « recoudre les liens » ? Que s’est-il passé?

Je rappelle le contexte ; il y a eu l’attaque à Alexandrie de l’église copte pour la fête de Noël, il y a six ans. Quelqu’un s’est fait exploser et il y a eu des dizaines de morts. Quelques jours après, le pape Benoît XVI qui rencontrait les ambassadeurs près le Saint-Siège a dit : « Je demande au président de la République d’Égypte de protéger les chrétiens. » À ce moment, l’Imam Ahmed el-Tayeb, recteur de l’Université Al-Azhar, a dit que cela était inacceptable que le pape se mêle de la politique égyptienne. Il a rompu les relations avec Rome. Aujourd’hui, après plusieurs essais infructueux, les relations ont repris. Et c’était le but principal du pape François; de rétablir les relations avec l’Islam et notamment avec Al-Azhar qui représente la majorité des musulmans du monde, c’est-à-dire 80 %. C’est une autorité morale, intellectuelle incontournable.

Père Samir, pourquoi est-ce important qu’il y ait du dialogue interreligieux avec l’Islam?

D’abord parce que l’Islam est la seconde plus grande religion du monde. Il y a plus de 1,5 milliard de musulmans, répartis dans presque tous les pays du monde. On ne peut pas l’ignorer. Ensuite, parce que l’Islam est une religion monothéiste, à côté du judaïsme et du christianisme. Et donc, il faut qu’on puisse dialoguer avec eux. Je pense que c’est ça qui est essentiel ; ce n’est pas un but politique. C’est de dire, essayons de nous entendre. De même qu’on mène le dialogue avec les Juifs.

On dit que le Moyen-Orient est en train de se vider des chrétiens. Qu’est-ce qui peut être fait pour que le vent change? Même des musulmans ne veulent pas que cette situation survienne.

La plupart des musulmans disent : ‘‘On a besoin des chrétiens’’. Il y a eu récemment en Égypte une émission de radio qui a impressionné tout le monde. Pendant huit minutes, le thème était les écoles chrétiennes qui ont formé l’intelligentsia de l’Égypte au 19e et au 20e siècle.

On voit aussi le Liban qui est le seul pays du monde arabe qui ait une certaine parité, précisément parce que ce sont les chrétiens qui l’ont construit, même si aujourd’hui, ils ne sont plus que 35 % de la population. Au parlement, les musulmans veulent qu’il y ait 64 musulmans et 64 chrétiens parce qu’ils disent que c’est essentiel. Ceci est reconnu par tous les musulmans qui réfléchissent.

D’autre part, sur la disparition des chrétiens du Moyen-Orient ; en Égypte, ce sont eux qui sont, pour ainsi dire, les autochtones ! On a conscience que si on veut maintenir la conscience nationale, on ne peut pas éliminer les chrétiens. Malheureusement, pour des motifs politico-économico-religieux, les chrétiens s’en vont de plus en plus. Et ce qui se passe en ce moment est voulu par ISIS (État islamique/Daesh). Mais, ce sont des fanatiques. Globalement, les musulmans ne sont pas fanatiques. Ils manquent de courage pour dire : on doit les arrêter. Au lieu de dire cela, ils disent : ça n’a rien à voir avec l’Islam, ce qui ne résout rien. Mais, au fond de leur cœur, la majorité des musulmans disent : non, ça, c’est une honte !

Maintenant, pour qu’ils restent, il faut les aider pour qu’ils puissent demeurer dans leurs maisons. En Égypte, ça ne pose pas de problème majeur à cause du grand nombre de chrétiens (près de 10 millions). Mais en Irak et en Syrie, où on a détruit les maisons des chrétiens, rester demande un courage énorme. C’est ce que font les patriarches, dont le patriarche Sako des Chaldéens de Babylone. Il lutte de toutes ses forces pour que les chrétiens ne migrent pas, pour qu’ils restent, pour sauver l’Église locale. Et c’est la même chose en Syrie.

Il faut les aider à rester. Les aider financièrement si on peut, mais aussi les aider moralement en les soutenant et en essayant d’arrêter ce crime qu’est ISIS. »

Aide à l’Église en Détresse va aider 3000 jeunes venus de partout dans le pays qui se rendront en pèlerinage au Caire pour participer à la visite du Pape François les 28 et 29 avril. Le voyage a débuté mardi 25 avril et comprend des célébrations liturgiques dans différents sanctuaires sur la route menant au Caire, la célébration de messes, des confessions, ainsi qu’une visite dans les hôpitaux du Caire le jour précédant l’arrivée du Saint-Père. Le groupe rassemble 250 représentants de chaque diocèse catholique égyptien, en plus des 1 000 participants originaires de la capitale.